Le mouvement en art-thérapie

« A l’origine de toute œuvre d’art il y a un cri, un geste, ou quoi que ce soit qui déchire la trame de l’objectivité. Leur temporalité est de l’ordre du temps de l’œuvre d’art. Quel est-il ?…
Je deviens seulement par le fait que quelque chose a lieu, et quelque chose n’a lieu que par le fait que je deviens. »

Henri Maldiney. « Regard, parole, espace »

Je m’appelle Laureline, je suis chercheuse en photographie et en peinture, médiatrice artistique auprès de personnes autistes, et art-thérapeute en devenir.
Je me forme en art-thérapie à l’INECAT, un institut de formation dirigé par Jean-Pierre Klein, à l’origine psychiatre et psychothérapeute d’enfants et qui a très tôt utilisé dans sa pratique des médiations artistiques.
Il est également auteur de « penser l’art thérapie », du « que sais-je », « initiation à l’art-thérapie »…
J’ai exposé les créations de Aube à Lagny dans 77 à la galerie Welcome Bazar. Aube est jeune femme autiste asperger que j’accompagne tous les samedis depuis 1 an. Le thème de l’exposition était sur le mouvement. Cette thématique est centrale dans mon accompagnement en art-thérapie.
Si j’avais une définition à donner à l’art thérapie aujourd’hui, je la formulerais ainsi : L’accompagnement par l’art est une remise en marche, en mouvement là où les personnes sont restées figé dans le temps, dans leur corps et qui leur est impossible d’être, d’être d’abord pour elle-même et d’être dans l’ici et maintenant.
L’art que ce soit la danse, la musique, la voix, l’écriture, le théâtre, la peinture, la photo, la vidéo…donne la possibilité d’amorcer un mouvement vital.

Aube a 29 ans, elle a été déscolarisé à l’adolescence et a effectué quelques séjours dans des hôpitaux de jour. Diagnostiquée autiste asperger il y a deux ans. Elle vit chez ses parents

Le syndrome d’asperger selon Aube

« J’ai une sorte d’autisme, les repères spatiaux et sociaux, je les ai mis de côté »

• Difficultés dans l’expression de leurs émotions ou le font de manière inappropriée.
• Interprétation de consignes au pied de la lettre.
• Difficultés à percevoir intuitivement les besoins et les émotions des autres,
• Hyper ou hyposensibilité de certains sens (vue, ouïe, toucher, goût, odorat).
• Gestes souvent maladroits.
• Difficultés à regarder l’interlocuteur dans les yeux.
• Difficultés à gérer les perceptions, ce qui rend le monde qui les entoure tout à fait imprévisible,
• Principalement un Q.I élevé avec des capacités extraordinaires dans les calculs, le dessin, grande mémoire… (ça c’est surtout ce qu’on voit à la télé, le beau visage de l’asperger)

Le but de l’art thérapie n’est pas de savoir peindre, ni dessiner. C’est accessible à tout le monde, ça n’est pas un cours, un apprentissage d’une technique, ça ne sert pas non plus à faire un diagnostic, à interpréter les œuvres des patients : « oh tu as utilisé du noir, parles moi de ta dépression et le rouge tu es en colère », tout ceci coupe tout processus de transformation. L’art thérapie sert « à accompagner les forces de l’autre pour se reconstruire ».

 L’art-thérapeute n’est pas un psychologue, il est avant tout un artiste, son outil de travail c’est la matière et non les grilles. Il doit être obsédé par la matière avant tout et d’accueillir avec une écoute bienveillante les paroles ou le silence de la personne. Il doit être cependant conscient des phénomènes transférentiels qui sont les projections du patient chez lui et ses propres projections. D’où l’importance quand même d’être supervisé dans son travail et d’avoir fait un bout de chemin en psychanalyse ou psychothérapie.

L’art-thérapie avec Aube se situe aussi et principalement dans la rencontre avec l’autre autour de ses œuvres d’art. Pour ce projet sur le mouvement, son papa a voulu aussi l’accompagner et créer une œuvre ensemble. L’art-thérapie peut être un accompagnement familial. Il est important de prendre en compte les parents, de les accompagner aussi. Les parents sont des partenaires  essentiels dans la prise en charge de leurs enfants.

Le mouvement s’est inscrit au cœur même de la famille, le père reprend contact avec l’art, la mère va faire de longue balade dans la forêt. Et pour Aube ça ne s’est pas joué dans l’œuvre exposée que son père à conceptualiser et mis en forme, mais dans la remise en mouvement de son corps, par le geste dansé, par l’invention de chorégraphie.

Lors de notre premier travail en lien avec l’exposition (Janvier 2016), j’ai accompagné Aube dans un travail d’écriture sur le mouvement, quelles sont ses définitions du mouvement, les synonymes… « Démêler, croiser, décroiser, s’entremêler, s’entrecroiser, déplacement, bougement, changement », puis Aube me dit « qu’on peut confondre les mots dans des sens différent » et qu’elle « envoie promener tout le monde  quand les gens ne vont pas dans ma distinction du mot ». Je lui demande par la suite, qu’elle serait le mouvement physique d’envoyer promener le monde :

 « J’englobe, je le serre entre moi et je le rejette »

Le mouvement se joue aussi dans le passage d’un médium à un autre, d’abord nous avons fait un travail plastique, puis un travail d’ouverture sur l’extérieur, un travail d’écriture et actuellement un travail du geste dansé.

Mon projet avec Aube est de l’accompagner dans ses chorégraphies, elle prépare entre deux atelier sa danse, elle fait le choix de la musique et moi je trouve des lieux pour danser, la forêt, la rue, des espaces fermés comme une cabane, le musée, le parc… et je suis ses mouvements à l’aide d’une caméra. Jouer sur la proximité, la distance, le regard…ensuite nous passons au montage vidéo.

Pour ma part, l’art thérapie n’est pas qu’un métier c’est une façon de penser, une façon d’être au monde, une recherche sur les potentialités, et la résilience de l’être humain.

Ci dessous un extrait vidéo du projet « mouvement »

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