« Fini, c’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir

Premier mouvement

Ma recherche a commencé à partir de cette phrase de Samuel Beckett à la fin de la représentation du spectacle MAY B de Maguy Marin: « fini, c’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir ».
Les danseurs saluent,
les spectateurs applaudissent et s’en vont.
Je reste clouée sur mon siège,
immobile,
regardant dans une demi-présence tout se dérober,
du vacarme au silence j’entends la fin.
Toutes les lumières s’éteignent,
je suis seule à regarder la poussière de l’ombre disparaître.
Les limites du réel se fissurent et le tremblement se fait entendre au loin.
« La fin est dans le commencement et cependant on continue.» Me murmure Beckett.
Mais comment continuer ?
Comment figurer l’irreprésentable ?
Une recherche répétitive de ces personnages au regard cerné, fatigué d’un temps où plus rien ne peut arriver, un temps qui n’attend plus personne.
Un temps écroulé.
Ces personnages m’habitent, qui sont-ils ?
Un désir d’aller à leur rencontre.
Peut-être est-ce « l’Innommable », un être sans nom, celui qui continue à « essayer d’être » malgré tout…
Comment figurer cet « essayer d’être » en quelques lignes ?
Tel est mon point de départ pour continuer.

Dormir debout dans le vide

Lignes de l'ombre épaisse

Disparition silencieuse de l'homme au chapeau bas

Cervicales ankylosantes

Asymétrie humaine

Nuit torrentielle de larmes

Le manqué qui reste

Tuyaux pulsatifs

L'épure du moindre

Deuxième mouvement

Des mois de traits passent.
Lecture approfondie des ouvrages de Samuel Beckett.
La lumière s’obscurcie,
l’ombre prend du volume.

« L’innommable »

« Le dépeupleur »

« Quad »

« Mal vu mal dit »

« Pour finir encore »

« Cap au pire »

« Malone meurt »

« Compagnie »

« Têtes-mortes »

Tristesse arrachée au néant

Transfigurer la plainte

Méditation dubitative

Le fou aux yeux écarquillés

Le passeur de vertige

Le devenir incertain

L’ombre gagne

Défigurer le bonheur

(…)  il faut dire des mots, tant qu’il y en a, il faut les dire, jusqu’à ce qu’ils me trouvent, jusqu’à ce qu’ils me disent, étrange peine, étrange faute, il faut continuer, c’est peut-être déjà fait, ils m’ont peut-être déjà dit, ils m’ont peut-être porté jusqu’au seuil de mon histoire, devant la porte qui s’ouvre sur mon histoire, ça m’étonnerait, si elle s’ouvre, ça va être moi, ça va être le silence, là où je suis, je ne sais pas, je ne le saurai jamais, dans le silence on ne sait pas, il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer.

Samuel Beckett, L’innommable, Les éditions de Minuit, 1953

Rachmaninov- Piano concerto 4- Movement 3

Troisième mouvement

Des jours passent.
La musique accompagne mes traits.
Des notes profondes et rythmées emplissent la feuille.
Le format s’agrandit.

SCHUBERT, Mendelssohn, Rachmaninoff, Dvořák, Schönberg, Pärt,Messiaen,HOROWITZ Albinoni et J. CAGE rencontrent mes personnages.
Les silences et la fureur accompagnent mon geste dans sa légitimité.
Nouvel ordre du jour: gratter la peinture jusqu’à son manque.

Quatrième mouvement

Mon rêve familier
« …ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre »
A partir d’un Verlaine, « Essayer d’être » n’est ni tout à fait le même, ni tout à fait l’Autre.
D’un jour à cet autre en chemin.
Le regard assume son vécu, les traits donnent des repères.
Objectif : Le corps…

Lui est l'autre

L'insomnie lancinante

L'amertume du jour

La partie manquante du dire et de l'entendre

Mr. Beckett

Celui qui joue le méchant

Se cogner sur l'entendement

Le droit d'être

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